Louis Stettner

Louis Stettner-Tony, de la série Pepe and Tony, Spanish Fishermen, Ibiza, Espagne 1956
Tony, de la série Pepe and Tony, Spanish Fishermen, Ibiza, Espagne 1956 © Centre Pompidou/Dist RMN-GP

Je ne connaissais pas Louis Stettner… Lorsque je vis la photo de Tony (ci-dessus) apparaître sur mon feed, je tombai en arrêt. Il y avait une sorte de perfection immédiatement perceptible qui commandait l’attention et vous saisissait aux tripes.  A l’évidence, il fallait aller voir l’exposition « Ici et ailleurs » que lui consacrait le Centre Pompidou jusqu’au 12 septembre.

Louis Stettner est né en 1922 à Brooklyn. Photographe pour l’armée américaine pendant la seconde guerre mondiale en Nouvelle Guinée, aux Philippines et Japon, il s’installe à Paris après sa démobilisation en 1946. Il y restera une bonne part de sa vie tout en multipliant les allers-retour entre les Etats-Unis et la France. Il vit aujourd’hui en France et continue de travailler.

A la Galerie de Photographie de Pompidou, on découvre en près de cent photos le travail du photographe sur presque huit décennies. Si certains clichés le placent dans la tradition américaine de la street photography on y retrouve également l’influence humaniste française qu’ont exercée sur son travail des photographes tels que Brassaï. Tout le long, on retrouve un regard à la fois perçant et ému, comme capable d’atteindre la vérité du moment, à travers une attitude, un détail, le mouvement figé d’un bras ou au contraire dans les corps relâchés et détendus inconscients de l’oeil qui capture cet instant. C’est cette sensibilité aiguisée, cette intuition de l’instant juste et la puissance photographique qui en résulte qui m’ont séduite et continuent de m’émerveiller. A ce sujet Louis Stettner dit : « When I take pictures, I let reality decide what to do. I only take one when I’m deeply moved by what I see »¹.

Louis Stettner-Ouvrière dans une imprimerie, France, de la série Workers, 1972-1974
Ouvrière dans une imprimerie, France, de la série Workers, 1972-1974

Parmi les photographies présentées à Pompidou, j’ai choisi de partager aujourd’hui la série de portraits qu’il a faits de Nancy pour le magazine Pageant en 1959. L’article était un reportage sur le « Cool » comme nouvelle attitude de la jeunesse et descendante de l’esprit bohème. Pour ce reportage, Stettner a suivi Nancy, une jeune beatnik pendant plusieurs jours. Voici ce qu’il en dit : « J’ai rencontré Nancy par hasard dans l’East Village, autour de 1958. Tout le monde se trouvait là. je l’ai laissée agir à sa guise, me contentant de suivre. Je travaillais alors comme photographe pour le magazine Pageant. On a passé quatre ou cinq jours ensemble… dans les clubs de jazz, ici et là. C’était une beatnik. Elle paraissait totalement indifférente, parfaitement détendue face à l’objectif, comme si je n’existait pas. Quelque chose m’a attiré chez elle. J’aimais beaucoup sa personnalité, son allure, sa présence. Elle ne ressemblait pas au beatnik lambda. C’était quelqu’un d’exceptionnel. Ses bras, ses jambes… Elle était superbe. Très sensible. Cela se manifestait visuellement. » L.S.

Peut-être que ce qui fait la beauté des photographies de Stettner, c’est que, à chaque fois, même pour un robinet, il tombe amoureux de son sujet…

Louis Stettner - The Pageant, vol.14, n°9, mars 1959, pp. 128-135
Louis Stettner – The Pageant, vol.14, n°9, mars 1959, pp. 128-135
Louis Stettner - The Pageant, vol.14, n°9, mars 1959, pp. 128-135
Louis Stettner – The Pageant, vol.14, n°9, mars 1959, pp. 128-135
Louis Stettner - The Pageant, vol.14, n°9, mars 1959, pp. 128-135
Louis Stettner – The Pageant, vol.14, n°9, mars 1959, pp. 128-135
Louis Stettner - The Pageant, vol.14, n°9, mars 1959, pp. 128-135
Louis Stettner – The Pageant, vol.14, n°9, mars 1959, pp. 128-135

En écoute : This little Bird, Marianne Faithfull (1965)

¹ : citation dans l’article du Financial Times, Louis Stettner at the Centre Pompidou, Paris disponible ici.

Pour en savoir plus sur Louis Stettner, son site web c’est ici.